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Rencontres Latines - 2022

Avec le soutien   du Fonds Alexis Lienard géré par la Fondation Roi Baudouin

La 36e édition des "Rencontres latines – Concours de version latine "Marius Lavency"- s'est déroulée le mercredi 16 mars 2022 de 09h00 à 13h00 à l'Université Saint-Louis Boulevard du Jardin botanique, 43 à 1000 Bruxelles, Belgique. Ce concours est destiné aux élèves de 6ème option latin.
Plus de 427 élèves  de 6e de l'enseignement libre francophone et germanophone ont répondu à l'appel.
Bravo à tous les participants !

Université Saint-Louis de Bruxelles :                                                                                                                Pour s'y rendre  :
http://www.usaintLouis.be                                                                                  http://www.usaintlouis.be/sl/731.html 

Documents à télécharger en version imprimable. Les documents 3 et 4 sont à renvoyer dactylographiés comme indiqué dans le document 2 adressé aux Professeurs.

1er envoi (cliquez ici pour 1 & 2 / cliquez ici pour 3 / cliquez ici pour 4)
  1. l'invitation adressée aux directions des établissements d'enseignement secondaire de l'enseignement libre francophone et germanophone
  2. l'invitation aux professeurs de langues anciennes
  3. un bulletin d'inscription des élèves
  4. un bulletin d'inscription comme surveillant (le matin), correcteur (l'après-midi)
2ème envoi : cliquez ici.

Présentation du concours et Programme de la journée

L'objectif principal du concours, destiné aux élèves de 6ème option latin, est de permettre à de jeunes latinistes de tous horizons de se rencontrer autour d'un texte de Cicéron et de se mesurer avec lui. Dans cette optique, tout élève est le bienvenu.

dès 9h : accueil des participants
10h : début de la version (extrait d'une œuvre de Cicéron ; grammaire, dictionnaire ou lexique autorisés; pas de
                                                  notes de cours
)
13h : fin du concours - début des corrections
14h00 : activités de l'après-midi pour les élèves
16h30 : correction collective pour les élèves
17h30: proclamation des résultats

(sommaire)

Texte de la version

Jeunes ou vieux, cultivons les lettres et les vertus

En 44, Cicéron rédige le ‘De senectute’, où il met en scène l’illustre censeur Caton l’Ancien (234-149). Ce dernier explique en quoi la pratique, à tout âge, des arts et des vertus contribue à une vie bonne et accomplie, jusqu’à la vieillesse. Et Caton de conclure par un exemple personnel. 

Aptissima sunt arma senectutis  artes exercitationesque uirtutum, quae, in omni aetate cultae, cum diu multumque uixeris, mirificos efferunt fructus, non solum quia numquam deserunt, ne extremo quidem tempore aetatis, uerum etiam quia conscientia bene actae uitae multorumque benefactorum recordatio  iucundissimae sunt. (…)
Nihil igitur adferunt qui in re gerendā uersari senectutem negant (…). Non facit senectus ea quae iuuenes [faciunt], at uero multo maiora et meliora facit : non uiribus aut uelocitate aut celeritate corporum res magnae geruntur, sed consilio, auctoritate, sententiā, quibus non modo non orbari, sed etiam augeri senectus solet.  (…)
Senatui quae sint gerenda praescribo et quomodo : Carthagini male iam diu cogitanti bellum multo ante denuntio ; de quā
[= Carthagine] uereri non ante desinam quam
illam excisam esse cognouero.

Cicéron,  De Senectute, 9 + 17-18


Vocabulaire

  l. 1 :  artes, artium, f. : les arts, les lettres, les connaissances

  l. 2 :  cum uixeris : traduire par « quand on vit »

  l. 4 :  benefactum, i, nt. : la bonne action, le bienfait

  l. 5 :  aliquid adferre : apporter un argument

           uersari in re gerendā : s’occuper des affaires, prendre part aux affaires

  l. 8 :  orbare, o + abl. : priver de

            augere, eo + abl. : augmenter, enrichir, rehausser par

  l. 9 :  male cogitare : avoir de mauvaises intentions

l. 10 :  bellum denuntiare + datif : déclarer la guerre à

l. 10 :  uereri, eor, ueritus sum :  avoir peur

l. 11 :  excidere, o, cidi, cisum :  détruire, anéantir

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Traduction de la version

Traduction du  lauréat  Igor KOWALCZYK

La connaissance des lettres et la pratique des vertus constituent les pouvoirs les plus utiles de la vieillesse et qui, quand on atteint un âge fort avancé et a cultivé ces facultés pendant toute sa vie, produisent des résultats prodigieux. Cela est dû non seulement au fait que ces habilités ne nous quittent jamais, même pas à la toute fin de notre existence, mais également parce que la conscience d’avoir bien vécu sa vie et le souvenir d’avoir accompli de nombreuses bonnes actions procurent la sensation la plus agréable qui soit. (…)C’est pourquoi ceux qui refusent à nos aînés le droit de prendre part aux affaires ne se légitiment d’aucun argument. (…) Les gens âgés ne font pas les mêmes choses que les jeunes, mais sont toutefois capables d’accomplir de nombreuses tâches plus imposantes, et de façon meilleure que ceux-ci. Ils n’effectuent leurs exploits ni avec leur force, ni avec la vitesse ou la rapidité de leurs corps, mais au moyen de leur sagesse, de leur autorité et de leurs opinions, qui, le plus souvent, non seulement ne diminuent pas, mais sont aussi enrichies par le vieil âge. (…)Je préviens le Sénat de notre devoir et explique comment il doit être réalisé : cela fait longtemps que je prêche la guerre contre Carthage, malveillante à notre égard depuis déjà des années. Je ne cesserai de la craindre que lorsque je la saurai détruite.

 

Traduction,  "Les Belles Lettres"
(traduction de  de Pierre Wuilleumier, Les Belles Lettres, 2003)

Les armes qui conviennent vraiment le mieux à la vieillesse, ce sont les lettres et la pratique des vertus : cultivées à tout âge, après une vie longue et bien remplie, elles portent des fruits merveilleux, non seulement parce qu’elles ne nous abandonnent jamais même au dernier stade de la vie, mais encore parce que la conscience d’avoir bien mené sa vie et le souvenir d’avoir accompli nombre de bonnes actions sont des plus agréables. (…)
Ils n’apportent donc aucun argument, ceux qui prétendent que la vieillesse ne peut prendre part aux affaires. (…)
Elle ne fait pas ce que font les jeunes ; mais elle fait beaucoup plus et beaucoup mieux : ce n’est pas par la vigueur, l’agilité ou la rapidité corporelles que s’exécutent les grandes actions, c’est par la sagesse, l’autorité et la valeur des avis ; or, loin d’en être privée, la vieillesse en a généralement davantage. (…)
J’indique au Sénat les choses qu’il faut mener et comment : voyant les mauvais dessins que Carthage nourrit de longue date, je lui déclare la guerre très en avance, elle que je ne cesserai jamais de craindre, tant que je n’aurai pas appris sa destruction.

Traduction,  "Itinera Electronica"
(Traduction de Charles Appuhn, Garnier, 1933, (<  Itinera Electronica) )

Les meilleures défenses du vieillard, ce sont les connaissances acquises, c’est la pratique de certaines vertus : cultivées à tout âge, après une vie longue et riche en œuvres, ce sont là des sources d’une merveilleuse bienfaisance, non seulement parce qu’elles nous demeurent acquises, jusque dans l'extrême vieillesse mais aussi parce qu’il y a une grande douceur à avoir le sentiment qu’on a bien vécu et à se rappeler les circonstances dans lesquelles on a bien agi. (…)
C'est donc parler pour ne rien dire que prétendre que la vieillesse est impropre aux affaires. (…)
Elle ne fait pas ce que font les jeunes, sa tâche est autrement grande et haute. Ce n'est pas la force physique, la promptitude, l'agilité du corps qui font de grandes choses, c'est l'expérience des affaires, l'autorité qu'on a su prendre, la justesse des opinions qu'on soutient ; or, loin d’être privée de pareils avantages, la vieillesse les possède à un plus haut degré. (…)
Je dis au sénat quelles guerres il faut faire et comment il faut les conduire. Je déclare longtemps d'avance la guerre à Carthage dont je sais les mauvais desseins. Je ne cesserai de la craindre que lorsque j'aurai appris sa destruction radicale
.


 

 

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Résultats :

  1. KOWALCZYK Igor, Centre Scolaire Saint-Michel à Bruxelles
  2. DE MEYER Gabriel, Institut de la Vallée Bailly à Braine-L'Alleud
  3. SIMONAZZI Claudia, Institut Saint-Boniface Parnasse à Ixelles
  4. BOON Alice, Institut de la Vallée Bailly à Braine-L'Alleud
  5. DEWAVRE Sarra, Centre scolaire du Sacré-Cour de Jette à Jette
  6. COLART Léopold, Institut de la Providence - GPH à Gosselies
  7. OPREA Evan, Sacré-Cour de Lindthout à Woluwé-Saint-Lambert
  8. SFAKIANAKIS Yannis, Institut de l'Enfant-Jésus Lycée à Nivelles
  8. SCELSO Marie, Collège Saint-Hadelin à Visé
10. BODSON Alix, Collège Sainte-Croix et N-D à Hannut
10. DEHENIN Manon, Centre scolaire du Sacré-Cour de Jette à Jette
12. WATTECAMPS Zélie, Institut Saint-André à Ramegnies-Chin
13. DOYEN Athanase, Collège Sainte-Croix et N-D à Hannut
14. NICOLAY Amalia, Institut de la Vierge Fidèle à Schaerbeek
15. THOMAS Arthur, Institut Saint Louis à Bruxelles
16. KASABIAN Lily, Centre Scolaire Saint-Michel à Bruxelles
16. DE VOGHEL Louise, Collège Saint-Augustin à Enghien
18. MONTES DURAN Tsila, Collège Sainte-Croix et N-D à Hannut
19. HOVART Léa, Collège Sainte-Marie à Mouscron
20. SOUMAH Fatoumata, Collège Sainte-Croix et N-D à Hannut

 

Ont obtenu une mention : 

ANDRONESCU Maia
BOUAOUD Joseph
CAPS Loren
DECOENE Simon
GOURDIN Lydie
GUIOT Elinor
HUBERT Vincent
JADOUL Cyril
JERNANDER Marine

KATIKAKIS Benjamin
KLEIN Simon
LONTIE Isaline
MANZI Geoffrey
MAWAIT Noémie
ROUVROY Bérénice
SCOKART Enora
SOUFFLOT DE MAGNY Aurélie
TRAINA Alix

 

Organisateurs, comité scientifique, comité d'honneur

Président d’honneur
Yves TINEL (Fondateur des « Rencontres latines ») 

Président
Didier XHARDEZ (Professeur à l'Université Saint-Louis -Bruxelles et sous-directeur au Collège Saint-Michel-Bxl)

Comité scientifique :

Dominique LONGREE (Professeur à l'ULg  -  Professeur à l'USL)
Muriel LENOBLE (Docteur en Langues et Littératures classiques)
Paul PIETQUIN (Chargé de cours à l'ULg)
Didier XHARDEZ (Professeur à l'Université Saint-Louis -Bruxelles et sous-directeur au Collège Saint-Michel-Bxl)

† Marius LAVENCY (Professeur émérite de l’UCL et à l' USL)
† Etienne EVRARD (Professeur honoraire de l’ULg)
† Gérard SCHOUPPE (ancien Conseiller pédagogique en Langues anciennes, professeur au Collège Saint-Michel)

Comité organisateur :

Christelle DECROËS
Jean-Claude DUPONT
Michel ROSSEEL
Eric SCARPA

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Comité d'honneur :

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Allocution du Président des "Rencontres latines", Monsieur Didier XHARDEZ

Voici la version quelque peu remaniée de l’allocution prononcée par D. Xhardez à l’occasion de la proclamation des résultats de la 36e édition des « Rencontres latines », le mercredi 16 mars 2022, à l’Université Saint-Louis (Bruxelles), en présence de MM. P. Jadoul (Recteur) et Ph. Desmette (Doyen).

 Au nom de l'équipe organisatrice de la 36ème édition des "Rencontres latines", je vous remercie de votre présence à cette proclamation. Bien sûr, l'affluence n'est pas aussi impressionnante que celle de ce matin, sans doute à cause de l'heure tardive, de la difficulté pour certains de rejoindre la Province et d’une météo incitant aux activités de plein air.

Mais clôturer cette journée dans la foulée directe du concours et des corrections, devant un public de choix, est pour nous la meilleure manière de couronner cette journée destinée à rassembler, autour du latin, élèves, professeurs et personnalités.

Il y a deux ans, le 11 mars 2020 notre concours s’est tenu à l’Université de Namur, dans un climat d’incertitude et d’incrédulité : 2 jours plus tard, était décrété le confinement qui allait paralyser le pays durant deux longs mois.

Nul n’imaginait alors que ces deux mois auguraient deux longues années de crise sanitaire aux vagues retentissantes. Pour la première fois, nous avons été contraints d’annuler la 36e édition pourtant prévue le 10 mars 2021 en ces murs.

Le texte proposé à Namur en 2020 s’intitulait « le pouvoir des mots ». Cicéron y rappelait combien un bon orateur se doit d’être formé à plusieurs disciplines : grammaire, littérature, philosophie, droit, histoire,… Autant de  compétences bien actuelles, au programme de nos Humanités et de ce que nous appelons toujours chez nous la RHETORIQUE (terme bien plus évocateur et riche que l’insipide « terminale » de nos voisins Français…).

Comme l’a récemment rappelé Clément Viktorovitch (professeurs à Sciences Po Paris) : «Le jour où tout le monde aura été formé à la rhétorique sera celui où la tromperie cessera d’être payante» ([1]).

Lors de la proclamation, j’avais évoqué plusieurs publications récentes mettant à l’honneur l’art oratoire, en le resituant dans son berceau gréco-latin :

·         Le magazine « Le Point » du 19 avril 2018 était consacré à l’art de convaincre, en désignant Cicéron comme « le meilleur coach pour parler en public » ([2]) ?

·         Le premier numéro de 2019 du magazine « Le Vif » s’intitulait « Grèce antique : pourquoi il faut s’en inspirer » ([3]) ?

·         Le journal « Le Monde » intitula en 2019 son supplément « Idées »  « La politique, option latin-grec », en le sous-titrant : « L’Antiquité revient sur la place publique avec ses termes et ses concepts » ([4]).

·         Le dossier de la revue « Sciences humaines » de mars 2019 était consacré à l’art de parler) ?

Et voilà que le Hors-Série de ce mois de janvier 2022 du magazine « Philosophie » est lui aussi consacré à « L’art de bien parler », en en mettant encore une fois à l’honneur les origines gréco-latines.

Le « pouvoir des mots » laissa donc place au « pouvoir des maux », pouvoir qui s’est quelque peu affaibli ces dernières semaines pour nous permettre finalement d’accueillir aujourd’hui 360 rhétoriciens latinistes qui ont relevé le beau défi de la version latine.

Le texte qui leur a été proposé cette année était tiré du De Senectute encore appelé « Cato maior ». Nous l’avons titré : « Jeunes ou vieux, cultivons les lettres et les vertus ».  Ecoutons Cicéron : « Ce n’est pas par la vigueur ou l’agilité corporelles que s’exécutent les grandes actions, c’est par la sagesse, l’autorité et la valeur des avis ; or, loin d’en être privée, la vieillesse en a généralement davantage. »

Un passage dont feraient bien de s’inspirer certains dirigeants actuels qui ne bonifient manifestement pas en vieillissant...

La culture et les valeurs de l’Humanisme occidental, ancrées dans l’héritage gréco-latin, sont-elles si « haïssables » ? N’a-t-on pas encore compris qu’ « une civilisation qui se coupe de son histoire est condamnée à répéter les drames qu’elle a connus » ([5]). 

Autre question un peu brutale : notre concours lui-même est-il encore pertinent, tant l’exercice de version, avec toutes ses vertus, semble en péril ? D’année en année, nous sommes amenés à proposer des textes de plus en plus abordables, en les équipant d’indices et de notes toujours plus nombreuses. Et cela ne date pas de la crise Covid...

Dès 2016, en ces murs-mêmes, je soulignais qu’en Belgique, en Fédération Wallonie-Bruxelles comme en Flandre, n’avait pas encore été faite l’erreur irréversible dans laquelle se sont engagés par exemple les Français : celle de faire des langues anciennes des matières périphériques et devenues quasi moribondes. Et j’avais eu plaisir à citer la Ministre Milquet qui affirmait (dans une réponse à une question parlementaire en Commission de l’éducation) :
« Je pense qu’il faut en premier lieu garder ces options. Il vaut mieux ne pas imiter les aventures françaises ».

Pourtant, le « Pacte d’excellence » s’est entêté à vouloir imiter le Collège unique français, en allongeant jusqu’à 15 ans un tronc commun dans lequel 4 misérables heures resteront accordées au latin en 2e et 3e années en renforcement de l’apprentissage du français ([6]). Selon l’Inspecteur Mogenet, ces 4 heures sont « une peau de chagrin qui ne permettra plus qu’une approche superficielle d’une discipline jusqu’ici exigeante et formatrice ».

C’est ainsi que, depuis 1970 et l’instauration du rénové, les langues anciennes n’ont cessé de voir diminuer le volume-horaire dévolu à leur enseignement. Aucune discipline n’a jamais subi telle injustice !  ([7])

Est-ce jouer les Cassandre que de craindre que les langues anciennes ne deviennent moribondes dans l’enseignement secondaire belge francophone ?([8]) Cela alors qu’en Flandre (et donc en Belgique, jusqu’à nouvel ordre), les jeunes latinistes bénéficient toujours d’une formation des plus sérieuses, dès 12 ans.

Même si certains se consolent en se disant que cela aurait pu être pire (et ils n’ont pas tort !), cette agression contre les études classiques, au nom d’un utilitarisme à court terme ou d’un égalitarisme mal compris, a récemment été dénoncée par le premier vice-recteur de l’Université de Liège, Jean Winand ([9]). Celui-ci craint à juste titre que le latin devienne une langue étudiée par quelques rares irréductibles, à l’instar de l’accadien ou de l’hébreu biblique.

L’universitaire et écrivain Pierre Jourde osait dire dans une interview à propos de son dernier livre « La tyrannie vertueuse » : « Le décolonialisme considère que toute la pensée occidentale est infectée de colonialisme et entend considérer les mathématiques ou la physique moderne comme des produits de l’oppression. On veut également en finir, pour la même raison, avec les études classiques, le grec et le latin. » ([10])

Et le fait que le mot de l’année 2021, « ultracrépidarianisme », trouve son origine dans la langue et la culture latines ne nous consolera pas. ([11])         

 Ce risque de déshumanisation, François-Xavier Druet l’illustre brillamment dans une chronique consacrée à Epicure : « Notre monde est hypertechnicisé et souvent fier de l’être. N’aurait-il pas plus de raisons que jamais de recueillir ces atomes d’humanité qui ont traversé les âges ? Epicure a concocté, avec d’autres, un vaccin contre la déshumanisation. Ce virus-là, puissant et tenace, n’en est pas à sa première ni à sa dernière mutation. Plusieurs doses sont nécessaires. Et des piqûres de rappel ». ([12]) 

Mais trêve de réflexion, revenons à des choses plus réjouissantes !

Gratia mater uirtutum, « la gratitude est la mère des vertus ». Mon devoir et mon plaisir sont maintenant de remercier tous ceux sans lesquels cette journée n'aurait pu se dérouler dans les meilleures conditions.

Permettez-moi de saluer tout particulièrement

-          Yves Tinel, le Président-fondateur des "Rencontres latines, qui les a portées sur les fonts baptismaux en 1985. Il est accompagné de Monsieur Mario Tullio, President de l'"associazione dei Laziali nel mondo, l’association qui réunit tous les Italiens originaires du Latium, la région de Rome et d’Arpino, deux cités bien sûr étroitement liées à notre concours.

Cette année, nous n’enverrons pas nos lauréats à Arpino : la nouvelle organisation du Certamen ciceronianium nous en empêche.

-          le Recteur de l’Université Saint-Louis, que je remercie vivement de nous avoir à nouveau accueillis : ouvrir ses murs à plusieurs centaines d'élèves est un réel défi qui a pu être relevé d’abord grâce au soutien des autorités universitaires, mais aussi grâce au travail de diverses personnes qui ont assumé de nombreuses tâches, parfois assez ingrates. Je remercie ainsi tout particulièrement Madame Véronique Eloy, directrice du service Communications.

Merci aussi

- aux membres du Comité scientifique, pour leurs avis éclairés et la lecture du texte assurée par le Prof. D. Longrée.

-          aux membres du Comité organisateur. Je tiens ici à témoigner une immense gratitude à Christelle Decroës, qui, depuis 9 ans (déjà !) qu’elle a repris le flambeau, ou devrais-je dire le fardeau du secrétariat et de la trésorerie, ne ménage ni son temps ni son énergie pour assurer les multiples tâches inhérentes à l’organisation du concours. Vous n’imaginez pas les heures de travail nécessaires à l’équipe organisatrice pour rendre tout ceci possible. Merci donc aussi notamment à Eric, Paul, Michel,...

Je remercie également tous les professeurs venus aujourd'hui tant pour encadrer les élèves et les soutenir moralement dans leur travail, que pour corriger les copies. Un travail de correction ô combien ardu rendu possible par la compétence et l'entraide de toute une équipe.

Et enfin merci aux 360 élèves qui ont envahi les auditoires ce matin.

L’objectif de nos « rencontres latines » est, avant toute autre préoccupation, de réunir des jeunes de tous horizons, quel que soit leur niveau, pour leur faire vivre que l'étude du latin ne se résume pas à leur classe dans leur école, mais peut rassembler les foules.

Cela dit, les « Rencontres latines » sont aussi un concours de version. Et tout concours doit avoir ses lauréats, qu'il a bien fallu sélectionner.  C'est là aussi une école de vie, car il serait hypocrite, irresponsable, criminel, de laisser croire aux jeunes que tout pourrait se gagner sans effort, sans qu’ils soient les principaux acteurs de leur propre avenir...

Tout comme sont sélectionnés les jeunes artisans qui participent aux WorldSkills, le mondial des métiers, où est envoyée l’élite de l’enseignement qualifiant. Juste une question : pourquoi le soupçon ou le discrédit sont-ils si souvent de mise quand on parle d’élite intellectuelle ([13]) ?

Permettez-moi de lancer une dernière salve de remerciements à toutes les personnalités et organisations qui nous ont fait part de leur sympathie et de leur soutien et qui nous permettent d'offrir ce soir de nombreux prix.

Rappelons que la F.R.P.G.L. offre au premier lauréat un prix de 300 Euros.

Nous bénéficions aussi de l’aide substantielle de la Fondation Roi Baudouin.


([1])      Dans La Libre Belgique, 29 janvier 2022, p. 50.
([2])      Le Point, n° 2381, 19 avril 2018, pp. 54-57.
([3])      Le Vif, n° 1, 3 janvier 2019.
([4])      https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/12/31/la-politique-option-latin-grec_5403880_3232.html.
([5])      Jean Winand, in La Libre Belgique, 23 octobre 2021, p. 48.
([6])      Ce à quoi il convient de mettre en garde, selon l’opinion de Marc Vandersmissen (La Libre, 02/03/20) : https://www.lalibre.be/debats/opinions/non-le-latin-n-est-pas-la-bequille-d-une-langue-francaise-en-peril-5e5bd673d8ad58685c4e4f37
([7])      En bref, pour ne parler que du latin, un élève sortait des Humanités traditionnelles en comptabilisant, sur les six années, 38h/semaine de latin ; en 2006, ce total sur six ans était généralement ramené à 22h, voire moins. Avec le tronc commun allongé, on en arrive à maximum 16h…
([8])      Certains objecteront à raison que le latin aurait très bien pu être totalement absent de ce tronc commun, en insistant sur le fait que les 2 x 2 heures envisagées sont obligatoires, ce qui élargit la base de recrutement pour les trois années suivantes. Cf. La Libre, 13 février 2020, p. 10 : « Avec deux heures par semaine pour tout le monde pendant deux ans, on élargit la base de recrutement, se réjouit Paul Pietquin, chargé de cours au service de didactique spéciale des langues anciennes à l’ULiège. Ce n’est plus une option, mais un cours obligatoire. Le référentiel qu’il a contribué à rédiger va dans ce sens. Servi par de bons pédagogues, le latin peut encore passionner beaucoup de jeunes. (…) C’est une très belle opportunité de faire découvrir cette matière qu’on accusait autrefois d’être réservée à une élite, insiste Frédéric Dewez, docteur en philologie (UCLouvain), qui a, lui aussi, travaillé sur le référentiel.
([9])      Dans La Libre Belgique, 23 octobre 2021, p. 48-49.
([10])    Dans La Libre Belgique, 5 mars 2022, p. 52.
([11])    F.-X. Druet, Cordonnier, pas au-delà de la sandale, in La Libre Belgique, 9 février 2022, p. 43.
([12])    F.-X. Druet, L’Epicure de rappel, in La Libre Belgique, 29 novembre 2021, p. 39.
([13])   J.M. Pironet  (Le Vif.be 26/02/18), parle d’ « élitarisme » : http://www.levif.be/actualite/belgique/pacte-d-excellence-pourquoi-pas-elitaires/article-opinion-804979.html, citant Claude Javeau : « Quand tout se vaut, rien ne vaut ». En 2008 à Namur, j’avais cité les propos de Philippe Dembour, un père de famille, responsable en outre d’une école de devoirs et donc en contact direct avec des jeunes en difficulté scolaire. Cela ne l’empêche pas d’affirmer : « Nous croyons qu’un pays a besoin d’une élite, pas d’une élite suffisante et arrogante, mais d’une élite d’humilité et de conviction, pas d’une élite qui vise à préserver ses privilèges, mais d’une élite qui se soucie de servir le bien commun, pas d’une élite fermée fondée sur une situation figée et des droits acquis, mais d’une élite mouvante combinant les trois valeurs du cœur, de l’intelligence et du sens de l’effort » (A chaque enfant, son école, dans La Libre Belgique, 12 décembre 2007). Le sociologue Claude Javeau ne pense pas différemment quand il définit l’élite comme « l’ensemble des personnes, de toutes conditions, sexes ou âges qui cherchent à mettre au maximum leur intelligence au service de l’émancipation », laquelle se définit comme « le phénomène à visée collective qui consiste à fournir au plus grand nombre les outils qui devraient leur permettre de jouir le plus librement possible de leur passage sur terre »  (Eloge de l’élitisme, Le grand miroir, 2002, p. 11-13).

 

 

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